Hélène Kohl auteur du livre Une vie de Pintade à Berlin

© U.Neumann

Nous avons rencontré Hélène Kohl, journaliste française, vivant à Berlin et couvrant l’actualité allemande pour Europe 1, LCI, Le Journal du dimanche et les Dernières Nouvelles d’Alsace.
Elle est l’auteur du livre Une vie de Pintade à Berlin.

Bonjour Hélène, tu vis à Berlin depuis longtemps ?

Je suis venue en 1999/2000 pour mes études. Le gouvernement venait de s’installer à Berlin et Prenzlauer Berg était le terrain de jeu des étudiants. C’était très différent d’aujourd’hui. J’ai le souvenir d’être allée à Kollwitzpaltz pour des fêtes étudiantes dans de grands appartements chauffés au charbon où les occupants partageaint les toilettes et la salle de bain avec l’appartement d’en face pour 50 marks par mois en colocation !
Puis en l’espace de 6 mois, Prenzlauer berg a changé de manière spectaculaire. Les photos que j’ai de l’époque sont frappantes. C’était le début de la gentrification du quartier. Peu de berlinois y vivent finalement aujourd’hui même si je connais une famille qui s’y est réinstallée après avoir acheté un appartement dans la maison où le père était né.

Où est le vrai Berlin aujourd’hui selon toi ?

Aujourd’hui, pour moi le vrai Berlin est à l’Ouest. On y trouve bien plus de berlinois. Bien qu’il y ait encore des poches à l’Est mais plus beaucoup dans le centre.

Pour en revenir au livre comment devient on l’auteur de Une vie de Pintade à Berlin ?

Les directrices de la collection des Pintades ont contacté plusieurs journalistes à Berlin et m’ont finalement sélectionnée sur la base de mon CV et mes propositions de sommaire et chroniques. Le fait que je connaisse bien Berlin et que j’y vive depuis quelques années a évidemment aussi joué en ma faveur.

En combien de temps as-tu écrit le livre ? Comment as-tu travaillé ?

Les délais d’écriture du livre ont été comprimés. La sortie du livre initialement prévue en septembre 2011 a été avancée au mois mars, j’ai donc écrit le livre en 9 mois.
Mon expérience de vie à Berlin m’a beaucoup aidée. Je livre dans le bouquin des anecdotes que j’avais déjà vécues dans cette ville sans jamais avoir eu l’espace pour les raconter. Tout est 100% vrai. Les personnages sont tous réels même s’ils peuvent parfois paraitre clichés.
L’idée de la collection c’est de raconter une ville comme on le ferait avec sa meilleure amie, avec les côtés sympas et insolites. J’égratigne les gens dont je parle mais c’est pour mieux montrer que je les aime bien ! Un peu dans le style de certaines rubriques de magazines féminins.
Au début de l’écriture mon plus grand stress était de ne pas être assez drôle! Et puis je me suis libérée.

Alors c’est quoi une Pintade ?

C’est une femme moderne qui assume d’aller se faire faire une manucure avant d’aller à son cabinet d’avocat. Une femme coquette et engagée, féministe et féminine. Le nom a été trouvé par les directrices de la collection lors de leur premier ouvrage sur New-York. Le terme n’a rien de péjoratif, il décrit les femmes du monde entier : qui ne sont ni bécasses, ni oies blanches et encore moins poulettes. D’ailleurs l’oiseau a un beau plumage moucheté et il est fier et farouche.

Est-ce que tu t’es censurée dans la description de certains personnages hauts en couleur du livre ?

J’ai clairement censuré le texte sur l’éjaculation féminine !
En fait, je voulais interviewer Laura Meritt, organisatrice du festival de films pornos pour les femmes. Ce festival a une démarche féministe très berlinoise alors je me suis rendue à son salon du vendredi, Sexclusivitäten, pour parler du désir féminin… Cours théorique puis cours pratique proposé…
La censure, c’est que je n’avais pas envie de me mettre en scène sur ce genre de sujet! Les seules censures finalement que je me sois imposées me concernent. Cependant je précise que je n’ai pas participé à ces séances (rires)!

Quelle est la cible du livre ?

La majorité des acheteuses du livre sont des femmes de 25 à 40 ans habitant en région parisienne et de catégorie socio professionnelle +. Dans le bouquin j’ai essayé de raconter des choses presque comme dans un roman, en donnant des clés pour découvrir la ville, son histoire, ses personnages mais le livre intéressera aussi les gens qui ont habité à Berlin à un moment donné.
L’aspect guide avec pages adresses marche très fort auprès des étudiantes pour qui c’est une bonne introduction à la ville.

Est ce que c’est facile de se faire des amies berlinoises ?

Non. Mon cercle d’amis a beaucoup changé depuis 10 ans. Les vrais berlinois qui ont grandi ici n’ont pas besoin de rencontrer de nouvelles personnes et le fait qu’ils vivent en couple et font des enfants plus tard crée un décalage.

Dans quelle autre ville pourrais tu retrouver un peu l’ambiance libertaire de Berlin ?

On dit qu’Hambourg est comme ça, une ville portuaire en perpétuel changement bien que le centre ville soit bourgeois. J’ai ressenti cela à Buenos Aires également, on sent que tout est possible même si la vie est rude.

Les Allemands ont-ils une bonne image des Français ?

Bien sur, ils sont fascinés par notre culture et sont persuadés qu’on boit du vin sur les bords de Seine. Ils ne réalisent pas que les berges, c’est comme l’autoroute ! Ils aiment le côté mythique de la France, la grande nation, le pays de l’amour.  Et puis, il ne faut pas oublier les troupes alliées françaises envers qui les Berlinois sont reconnaissants.

Qu’est ce qui sautent aux yeux chez les Berlinoises ?

Très souvent, elles sont mal habillées! Elles ont de l’allure, un look, mais honnêtement sur une française, c’est vraiment moche. Ici le confort et le pratique prédominent. D’ailleurs j’ai définitivement abandonné les talons à Berlin. C’est beaucoup plus pratique à vélo !

Quel conseil donnerais-tu à quelqu’un qui débarque à Berlin ?

En fait, je donnerais deux conseils :
– Profiter de l’ambiance et des multiples possibilités qu’offre cette ville qui est encore à un moment charnière de son développement (immobilier, économique);
– Parallèlement, bosser ou trouver un projet pour ne pas s’endormir dans la langueur et la nonchalance de la ville…

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