J’ai monté ma kita franco-allemande à Berlin

« Il était très important pour moi d’avoir une équipe vraiment bilingue. » A 54 ans, Florence de Beaufort se souvient de la façon dont elle a créé la kita « Gänseblümchen » ou « La  Pâquerette », un jardin d’enfants franco-allemand situé dans le quartier de Steglitz-Zehlendorf.

Originaire de Paris, Florence de Beaufort s’installe en Allemagne en 1989 et passe le diplôme de pédagogie spécialisée dans la petite enfance à la Freie Universität de Berlin. Rien ne la prédisposait à monter une kita bilingue, sinon un jour la sollicitation inattendue d’une mère de famille allemande. « Elle voulait fonder un jardin d’enfants et recherchait quelqu’un pour prendre le projet en main », précise Florence. « J’ai accepté de chapeauter le projet en tant que bénévole, puis je suis finalement devenue responsable de l’établissement. »

En 2005, le projet est lancé. Comme pour toutes les créations de kitas berlinoises, le processus est assez long et compliqué (lire encadré). Une fois les locaux trouvés, la kita ouvre ses portes dans le courant de l’année 2005, prête à accueillir 48 enfants âgés de 1 à 6 ans.

Assurer un bilinguisme vivant

Pour la responsable du jardin d’enfants, plusieurs exigences sont à remplir afin de rester fidèle à son idée de kita franco-allemande : avoir une équipe parfaitement bilingue et des groupes d’enfants bilingues, miser sur la « Naturpädagogie » en privilégiant les activités en extérieur, respecter l’aspect interculturel des familles et participer à la mixité sociale. « Toutes ces exigences étaient nécessaires pour assurer un bilinguisme vivant », justifie-t-elle. « Il fallait donc être vigilant sur les inscriptions. Les enfants qui ne parlaient que le français à la maison étaient un peu prioritaires. Nous avons aussi fait en sorte que les origines des familles deviennent un élément pédagogique, en travaillant notamment sur les valeurs et les fêtes religieuses comme le ramadan. Et pour contrebalancer la clientèle franco-allemande, majoritairement privilégiée, nous avons inclus des familles moins favorisées afin d’obtenir un vrai mélange social. »

Le succès est au rendez-vous ! A tel point que la liste d’attente n’en finit plus de s’allonger, comme pour la plupart des kitas bilingues de Berlin. A la Pâquerette, la moitié des familles sont franco-allemandes, l’autre moitié est constituée de familles exclusivement francophones ou germanophones. Au sein du jardin d’enfants se côtoient chaque jour l’allemand et le français. « Les éducateurs travaillent en binôme franco-allemand pour toutes les activités. Chacun parle dans sa langue maternelle.  Entre eux, les enfants s’entraident, traduisent dans une langue lorsque l’un d’entre eux ne comprend pas. La kita est très familiale et conviviale, de nombreux enfants ont des grands frères ou des grandes sœurs plus âgés qui étaient inscrits chez nous. Et puis, tout le monde possède le dénominateur commun du français, ce qui aide à créer des liens entre eux », explique-t-elle. Une recette qui marche, puisque, selon Florence de Baufort, aucun des enfants n’a échoué au test de français exigé à l’entrée des écoles bilingues de Berlin : « 80%  des enfants intégraient ensuite la Judith-Kerr-Grundschule », assure-t-elle.

Trouver des éducateurs francophones à Berlin, un véritable défi

Les difficultés ont pourtant été nombreuses avant que la kita ne remplisse efficacement les exigences fixées. « Le bilinguisme au sein de la kita n’a été vraiment opérationnel qu’au bout de deux ou trois ans », se souvient Florence. « Le plus grand défi a été de recruter et de constituer une équipe. » Les éducateurs devaient être francophones ou germanophones d’origine. « Il a été difficile de trouver des éducateurs de langue française dont la formation soit reconnue par le Sénat de Berlin. Les professeurs formés en France ne sont aptes à enseigner en Allemagne qu’après une étude au cas par cas de leur dossier par le Sénat.»

Après sept années passées à gérer la kita, Florence décide de partir en 2012. « Ce qui m’intéressait, c’était de monter un projet de A à Z. Dans mon esprit, je voulais mettre en place le projet et rester jusqu’à ce qu’il soit suffisamment solide pour que je puisse passer la main. » De cette expérience, elle retient un apprentissage managérial : gérer et guider une équipe, la soutenir et respecter ses limites. « Mais j’ai surtout remarqué qu’en tant que responsable d’établissement, nous avons une situation privilégiée concernant l’écoute des familles et leur accompagnement. J’ai donc été sensibilisée à la prévention dans la petite enfance ». À tel point que l’ancienne responsable de la kita a tourné la page de l’enseignement bilingue pour se lancer dans la prévention et travailler désormais dans un Frühe Hilfe (“centre de première assistance”) à Berlin.

Kita mode d’emploi

Le projet est financé par le Sénat de Berlin, par l’intermédiaire d’un établissement. Pour la kita « Gänseblümchen – La Pâquerette », c’est la maison de quartier Mittelhof, une structure d’accueil de la petite enfance, qui a reçu les fonds nécessaires. Afin que le projet soit validé par le Sénat de Berlin, la kita doit respecter des éléments essentiels établis par le « Berliner Bildungsprogramm », un programme pédagogique qui s’applique à toutes les structures d’accueil de la petite enfance. Ce programme est exigeant sur plusieurs points (acquisition de compétences individuelles et sociales pour l’enfant, garantir sept domaines d’éducation comme le sport, les arts, le langage, l’ouverture de la structure sur l’extérieur, notamment avec la participation des parents), mais il reste suffisamment souple pour que les éducateurs soient libres dans leurs méthodes d’enseignement. La kita doit également avoir un projet pédagogique particulier comme le bilinguisme. Une fois les locaux trouvés et le projet validé, le Sénat décide combien d’enfants pourront être accueillis dans la structure et à partir de quel âge. Le Sénat surveille également si le personnel employé est agrégé à la formation d’éducateur de la petite enfance reconnue par Berlin. 

Astrid Ribois-Verlinde

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