Je montais à Berlin avec un vieux camion rempli de vins…

Philippe Causse a la soixantaine passée et l’expérience d’un routard. Le gérant de l’épicerie française qui porte son nom – Maître Philippe et filles – à Charlottenburg a arpenté quelques routes d’Europe et d’Afrique avant de poser son baluchon à Berlin dès la fin des années 1970. Ce sont des amours et des amitiés qui l’y conduisent les premières fois, puis l’Amour et l’envie de monter une affaire qui l’y font rester. “J’ai pas mal voyagé comme un hippie après mon bac. Puis en 1976, des amis de Berlin m’ont dit qu’ils voulaient ouvrir un restaurant. Je leur ai dit que je n’étais pas cuisinier. Ils m’ont répondu “Voyons, tous les Français savent cuisiner…”

Avec son chaleureux accent du Sud, il raconte comment il s’est ensuite lancé dans le commerce alimentaire. “Il n’y avait vraiment pas grand-chose en vins français dans la ville, malgré la demande. Depuis le Sud, je montais à Berlin avec un vieux camion rempli de vins. J’ai fait l’aller-retour une dizaine de fois”, se souvient-il. Avant de se faire pincer par les autorités allemandes car un tel commerce est évidemment régulé par certaines lois et taxes. Pas dépité pour un sou, il lance avec un copain une seconde affaire – le toujours existant Viniculture près de Savigny Platz – avant de vendre ses parts dix ans plus tard et de créer sa propre enseigne, Maître Philippe et filles, en 1994.

“Le plus grand choix de sardines en boîte d’Allemagne”

S’il n’a vendu que des fromages dans un premier temps, Philippe Causse a au fil du temps et du succès élargi sa gamme à bien d’autres produits : vins, charcuterie, sardines et soupes de poissons, sauces et huiles sont aujourd’hui autant de délices disposés sur les étagères. “Nous avons une cinquantaine de variétés de fromages et de nombreux vins de propriétaires. La première mission a été de trouver des bons fournisseurs. Il a fallu faire tout un tour de France. Et puis surtout réfléchir à des questions de transports et de logistique. Avec des produits frais, la gestion des stocks est le plus gros défi”, observe-t-il. Un problème qui s’applique à de nombreux articles du magasin, mais pas aux sardines en boîte dont il possède une impressionnante collection. “C’est le plus grand choix d’Allemagne”, avance-t-il.

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Philippe Causse a aujourd’hui le bien légitime bonheur de père d’être épaulé en magasin par sa fille Anaïs. Elle qui “a grandi en grimpant sur les cartons de vins” a désormais toutes les clés en main pour pérenniser le succès de cette belle enseigne française dans les rues de Berlin. “Il est important que les clients sentent que nous sommes passionnés par nos produits, que nous connaissons leur goût et leur histoire”, relève-t-elle. Une rançon du succès qu’elle a payée avec le plus grand des plaisirs. Ses premières vacances d’été en tant qu’employée ? Elle les a passées à refaire le même tour de France des producteurs que son père avait réalisé bien des années auparavant. “C’est un souvenir génial”, se rappelle-t-elle. Son père se réjouit quant à lui qu’elle ait en chemin rencontré bien souvent les enfants de ceux avec qui il avait alors noué des liens durables de commerce et d’amitié…

Photos et texte : Nicolas Donner

 

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