Le musée Käthe Kollwitz : un appel à la sincérité

Antoine Oechsner

Attention : Ce musée va bientôt déménager. Durant l’été 2022, la collection Käthe Kollwitz rejoindra l’écrin du Château de Charlottenburg. Pour plus d’informations, c’est ici !

Cette exposition permanente, s’étirant sur quatre étages, rend hommage à l’une des artistes allemandes les plus sages et éclairantes du XXe siècle. Käthe Kollwitz (1867–1945), en s’orientant d’abord vers la sculpture et la gravure puis le dessin, survécut en effet aux deux guerres mondiales. Son fils tomba dès le début de la Grande Guerre et elle eut à subir la réappropriation et l’interdiction de son travail par les nazis lors de la Seconde Guerre mondiale. De ce fait, elle n’aura de cesse de réprimer ces guerres et les déchaînements de force iniques en tout genre.

Cette emprunte apparaît avec beaucoup de clarté dans ses œuvres. Évoquons notamment son émouvante série de lithographies sur La Mort, l’affiche „Nie wieder Krieg!“ (« Plus jamais la guerre! ») ou encore ses sculptures louant le rôle protecteur de la mère. Investie dans les milieux artistiques de gauche, elle s’attache plus particulièrement à traiter des thèmes de la pauvreté et de la souffrance en insistant surtout sur les misères des travailleurs et les répressions violentes. La mort est aussi personnifiée dans nombre de ses dessins et met le doigt, avec atrocité mais légèreté, sur cette horreur impérieuse.


Käthe-Kollwitz-Museum Berlin, photo: Marco Kranz

Les œuvres présentées ici sont donc frappantes de clarté et ne jouent d’aucun superflu. Son talent n’est effectivement pas à chercher derrière un académisme extravagant mais du côté de la nécessité d’une sincérité absolue. D’ailleurs, ses autoportraits en sont l’exemple parfait.

Enfin, il est important de noter que Käthe Kollwitz vécut près de cinquante ans à Berlin et y connut un premier grand succès : ses lithographies et sculptures sur Les Tisserands (die Weber). Une statue à son effigie – réalisée par Gustav Seitz – habite désormais la Kollwitzplatz.

Malheureusement, l’artiste est encore trop peu connue en France ; seulement deux expositions lui ont été consacrées jusqu’à présent. Son travail montre pourtant avec pédagogie et réalisme les dérives mortelles qu’emprunta l’Europe et dont l’homme peut être victime à tout moment.

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