Berliner Unterwelten – visitez les entrailles de Berlin

Située au nord de Berlin, la station de Gesundbrunnen n’est pas tout à fait comme les autres. Outre la particularité d’être étonnamment profonde, elle abrite l’un des bunkers les mieux conservés de Berlin !

Membre de l’association Berlin Unterwelten, notre guide francophone nous en libère l’accès en ouvrant une épaisse première porte, au sein même de la station de métro. “Gasschleuse” (“sas anti-gaz”) est l’inscription qui attire notre regard sur la paroi. “La paranoïa des gaz de la Première Guerre mondiale était encore très présente au moment de la construction de ces locaux”, explique la guide. Et ainsi d’associer en un seul lieu deux peurs majeures des deux guerres mondiales : le gaz pour la première, les incessantes attaques aériennes pour la seconde.

“Les civils n’étaient ici absolument pas en sécurité”

“Trouver une manière nouvelle de parler de la Seconde Guerre mondiale”. Telle est l’ambition de l’une des visites proposées par Berliner Unterwelten, association composée de 450 membres, tous férus d’histoire et avides de partager leurs découvertes, tout en veillant à la conservation de sites ou objets de valeurs. Comment les civils berlinois ont-ils vécu les bombardements alliés ? Les quelque 1200 refuges disséminés dans la ville étaient-ils sûrs et vivables ? Combien de bombes n’ayant pas explosé dorment encore sous le plancher de la ville ?

C’est à ces questions et bien d’autres que répond la passionnante visite. Les locaux – près de 1400 mètres carrés, 48 pièces réparties sur quatre étages – appartenaient à la compagnie de métro de son origine – début de la construction en 1928 – jusqu’en 1941, année lors de laquelle ils ont été reconvertis en bunker. “Mais les civils n’étaient ici absolument pas en sécurité ; il n’y a que 80 centimètres au-dessus de nos têtes”, informe la guide, qui invoque un effet placebo rassurant. Plus étonnant, les locaux seront retrouvés presque intacts en 1945. “Une tour anti-aérienne bâtie juste en face explique en grande partie cet excellent état de conservation.

Des abris surpeuplés et une chaleur insoutenable…

A travers les différentes salles – souvent couvertes de peintures phosphorescentes afin d’y voir clair lors des coupures de courant -, le visiteur découvrira des objets et photographies d’époque. Ceux-ci relatent le quotidien des nombreuses femmes, personnes âgées et enfants qui devaient être à tout moment prêts à quitter leur logement pour venir s’entasser dans ces abris surpeuplés, souffrant de la promiscuité, de la chaleur, de l’humidité et du manque d’air.

Des lits y étaient disposés pour les mamans – elles avaient un rôle considérable à jouer dans l’effort national de guerre – tandis que des bancs suffisaient pour les autres. “Ces abris n’étaient pas faits pour y passer des jours”, précise notre guide. Et pourtant…

Aux murs et dans les vitrines, on peut d’ailleurs encore lire les mots de la propagande allemande ; “La guerre n’aura aucune conséquence, vous retrouverez votre logement intact” idéalise un jeu de société, tandis que des ordres à suivre sont affichés – “Der Feind sieht dein Licht : VERDUNKELN“, l’ennemi voit votre lumière : éteignez ! – ou encore des conseils pour transformer sa cave en abri. Et puis sont également évoquées les Trümmerfrauen (femmes ayant oeuvré à la reconstruction de la ville), les Trümmerbergen (nombreuses collines berlinoises bâties sur des gravats) ou encore la réutilisation ingénieuse des bombes, converties en poêles à chauffer, ou les casques devenus passoires…

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© Benjamin Visinand (sous autorisation exceptionnelle et avec l’aimable accord de l’association Berliner Unterwelten et tiers)

Il est toutefois une trouvaille qui fait particulièrement la fierté de l’association : une armoire avec fiches signalétiques en métal ayant été utilisée par une société de télécommunication allemande pendant la guerre (photo ci-dessous). Les 12 000 plaques des employés – parmi lesquels 3000 étrangers – ont notamment permis de documenter le travail forcé et ainsi participé à l’octroi de dédommagements symboliques, des années après la fin des faits.

“Cette découverte notoire parmi d’autres affirme l’utilité de notre travail”, relève notre guide, qui n’oublie pas à cet instant de la visite de préciser que voir Berlin détruite était la seule chance de survie pour des millions de personnes. Ce qui, au demeurant, n’empêche en aucun cas de s’intéresser au sort de la population berlinoise, à travers cette fascinante plongée souterraine…

Nicolas Donner

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