Journée internationale des femmes, jour férié à Berlin

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Le 24 janvier 2019, la ville de Berlin, sur une initiative de la majorité de gauche, a voté le 8 mars, Journée internationale des femmes, comme étant désormais un jour férié pour la ville. Hourra !

Origines de la journée internationale des femmes

La première journée des femmes remonte au 28 février 1909 aux États-Unis suite à des mouvements sociaux et féministes dans le milieu ouvrier. L’année suivante, l’Internationale socialiste réunie à Copenhague instaure une Journée internationale des femmes pour promouvoir les droits de celles-ci notamment l’accès au vote et au travail. L’Allemagne célèbrera sa première Journée internationale des femmes le 19 mars 1911.

Ce n’est qu’en 1977 que l’ONU officialisera la Journée internationale des femmes le 8 mars. Elle est chaque année l’occasion de manifestations sur la condition féminine à travers le monde. Elle aura pour thème cette année « Penser équitablement, bâtir intelligemment, innover pour le changement ».

Les femmes de Berlin…

Si les motivations de ce choix pour un nouveau jour férié ne sont pas clairement évoquées par les parties qui en sont à l’origine – Parti social-démocrate allemand, la Gauche et les Verts -, il est toutefois à noter que les femmes de Berlin méritent bien que l’on parle un peu d’elles.

Au cours de l’Histoire, nombreuses sont celles qui se sont comportées avec courage et héroïsme. En témoigne – un exemple parmi tant d’autres – le mémorial de la manifestation de la Rosenstrasse commémorant la protestation des femmes de mars 1943. Fin février 1943, environ 2000 hommes juifs mariés à des femmes non juives sont arrêtés à Berlin pour être déportés. Leurs épouses et filles, au péril de leurs vies, tiendront un siège pacifique pendant une semaine devant les bureaux de l’administration sociale juive de la Rosenstrasse afin de demander leur libération. Les hommes furent libérés et les femmes ne subirent aucune représailles du IIIe Reich.

« Block der Frauen » – a sculpture by Ingeborg Hunzinger that commemorates so called Rosenstraße-Protest
© Niki Sublime

Plus tard, suite à la capitulation de l’Allemagne nazie, l’Armée rouge entre dans Berlin, apportant avec elle une vague de viols sans précédents, estimés à 100 000. Berlin n’est alors qu’un amas de décombres après avoir subi 363 raids aériens des forces alliées. Les hommes allemands sont souvent morts, mutilés ou emprisonnés. Alors ce sont elles, les femmes des ruines, les Trümmerfrauen, bien que malmenées par les troupes soviétiques, qui dans un premier temps vont relever les manches et déblayer leur ville, à la main. Les gravats seront évacués à la périphérie de la ville, créant ainsi des collines artificielles, comme celle de Teufelsberg sur laquelle fut construite plus tard une station d’espionnage américaine afin d’écouter les signaux en provenance de la RDA et de l’URSS.

Berlin, Trümmerfrau – 18/4/1952 – Photographer Köhler, Gustav © Das Bundesarchiv

Puis il y eu les femmes de Berlin-Est qui, sous le régime communiste de la RDA, ne bénéficiaient pas des mêmes droits que leurs soeurs à l’Ouest. L’effort commun pour la reconstruction du pays demandé par le régime offrait aux femmes les mêmes droits au travail que les hommes et un accès facilité aux crèches et garderies pour leurs enfants. À la chute du mur, 91% des femmes de RDA travaillaient. Avec la réunification et l’importation du modèle ouest-allemand, elles connurent un taux de chômage record. Elles ont su cependant transmettre à leurs filles les valeurs du travail et de l’autonomie que l’on retrouve de nos jours chez de nombreuses jeunes femmes nées dans les anciens quartiers de Berlin-Est.

Aude Morin-Veyret