Les Stolpersteine de Berlin

©Aude Morin-Veyret

Vous est-il déjà arrivé de tomber – littéralement – sur des petits pavés disséminés un peu partout sur les trottoirs de Berlin ? De pester contre l’inégalité de leur niveau par rapport au bitume, avant de remarquer qu’ils portaient des inscriptions ? Si oui, il semblerait que vous ayez bel et bien buté contre des Stolpersteine*, c’est-à-dire… des pierres d’achoppement. Soyez donc rassurés, nombreux avant vous sont ceux qui se sont pris les pieds dans ces pierres en laiton !

Cet obstacle a été placé intentionnellement par un Allemand dénommé Gunter Demnig, qui a lancé le projet STOLPERSTEINE en 1993. Né juste après la Seconde Guerre mondiale en 1947, l’artiste berlinois a souhaité honorer les victimes du régime nazi, persécutées, déportées ou assassinées entre 1933 et 1945. On citera notamment les juifs, les témoins de Jéhovah, les tsiganes, les homosexuels, les personnes en situation physique ou mentale de handicap et les déserteurs. Pour cela, Gunter a choisi de poser une pierre dans une rue publique, plus précisément devant le dernier lieu de vie de ces personnes dont on ne doit pas négliger le sort.

« Un homme n’est oublié que lorsque son nom est oublié », déclare l’artiste en citant le Talmud. C’est pourquoi il grave, sur chaque pavé, les informations suivantes : « Hier wohnte (ici habitait) » + nom et prénom + date de naissance + date d’arrestation + nom du camp et date(s) d’emprisonnement, conditions (assassiné, a fui dans la mort…) + date de mort. Et à chaque victime sa propre pierre.

©Aude Morin-Veyret
©Aude Morin-Veyret

Au début installées illégalement, ces Stolpersteine sont aujourd’hui répandues dans presque toute l’Allemagne (elles sont encore interdites à Munich) et en Europe. On en trouve près de 6 500 à Berlin et plus de 50 000 dans l’ensemble des pays concernés**. À noter que la demande d’une pierre provient d’une initiative familiale (descendants) ou citoyenne (propriétaires d’immeubles, voisins, quartiers…) et qu’elle ne fait pas l’objet d’une action étatique. La production et la pose d’un pavé coûtent 120€ (toutes prestations comprises) lesquels sont financés par dons et parrainages.

Cependant, les premières recherches sur les victimes sont, elles, laissées aux personnes souhaitant honorer leur mémoire. C’est Gunter et son équipe qui effectueront ensuite la pose des Stolpersteine. Mais armez-vous de patience, car la liste d’attente est longue de quelques mois avant qu’ils ne puissent se déplacer.

Vous êtes curieux ? Une autre ville regorge de ces petits pavés…

Texte : Alexia Robin

*der Stein = la pierre, stolpern = trébucher
** Surtout réparties entre la France, l’Italie, la Croatie, la Suisse, la Slovaquie, la Pologne, l’Autriche, les Pays-Bas, la Russie, la Roumanie, la Hongrie, l’Ukraine, la République Tchèque, la Belgique, la Slovénie, la Norvège, le Luxembourg et bien sûr l’Allemagne.

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