L’East Side Gallery, symbole de l’histoire de Berlin

L'East Side Gallery, symbole de l'histoire de Berlin
East Side Gallery Berlin - Thierry Noir © Aude Morin-Veyret

Je suis une « toile » de 1316 mètres de long pour les artistes de Street Art,
On me considère comme un symbole de l’histoire de la ville de Berlin,
Chaque année, plus de 3 millions de personnes viennent me prendre en photo…
Je suis, je suis… L’East Side Gallery !

L’East Side Gallery : un lieu chargé d’histoire…

Longeant la rivière Spree et la Mühlenstraße dans le quartier de Friedrichshain, l’East Side Gallery est un des monuments incontournables de Berlin. Cette ancienne portion du mur conservée intacte à l’heure où le reste volait en éclats – dans l’euphorie la plus totale – est considérée comme la plus longue galerie à ciel ouvert du monde. Elle est également le symbole de la réunification tout en étant le souvenir des années sombres de la Guerre froide et du rideau de fer.

Alors qu’en 2019 Berlin célébrera les 30 ans de la chute du mur, l’East Side Gallery soufflera, elle, ses 29 bougies puisqu’elle a vu officiellement le jour le 28 septembre 1990, à quelques jours de la réunification de l’Allemagne, le 3 octobre 1990. Elle est inscrite au registre des monuments historiques de Berlin depuis novembre 1991.

…Symbole de la liberté d’expression, entre autres…

Au total, ce sont 101 fresques, réalisées par 118 artistes du monde entier, qui habillent de mille couleurs l’ancien mur gris, intouchable à l’époque de la RDA. Les messages véhiculés par ces fresques sont généralement pacifistes, en rapport avec la chute du mur, la liberté, la paix mais aussi en souvenir de la Guerre froide. C’est le cas du Baiser de l’amitié entre Brejnev et Honecker, peint en 1990 par Dmitry Vrubel sur la base d’une photo du photographe français, Régis Bossu. Sous la fresque, on trouve le message suivant « Mon Dieu, aide-moi à survivre à cet amour mortel »…

East Side Gallery Berlin – Dmitri Vrubel © Aude Morin-Veyret

Symbolisant la chute du mur, peinte par Birgit Kinder, nous citerons la très célèbre Trabant bleue – voiture historique de Berlin-Est faite en fibre de verre – traversant le mur et laissant apparaitre son numéro d’immatriculation, la date symbolique du 9 novembre 1989.

East Side Gallery Berlin – Birgit Kinder © Aude Morin-Veyret

L’artiste français Thierry Noir a aussi fait parti de ces pionniers qui ont donné de la couleur au mur pour le démystifier. Depuis 1984, il peignait déjà d’autres sections à Kreuzberg afin d’apporter un peu de joie aux Berlinois déchirés par la présence de ce monstre de béton gris et sinistre divisant la ville et des familles entières. Ses personnages colorés aux yeux ronds incitent à sourire, offrent une porte de sortie à la tristesse du quotidien, un petit tour dans l’imaginaire…

East Side Gallery Berlin – Thierry Noir © Aude Morin-Veyret

Enfin, remontant davantage dans l’histoire d’Allemagne, on peut mentionner la toute première fresque à l’extrémité sud-est du mur : un drapeau fusionnant celui de l’Allemagne et d’Israël. Peinte initialement en commémoration du 50e anniversaire de la Nuit de cristal, elle se pose en critique de la montée des régimes extrémistes.

East Side Gallery Berlin -Vaterland de Günther Schäfer © Aude Morin-Veyret

Et puis très vite, la pollution automobile et les badauds – qui soit gravent le mur, soit tentent de repartir avec un bout de celui-ci – ont mis en danger l’East Side Gallery.

Petite remise en beauté en 2009

Pour le 20e anniversaire de sa chute, le dit mur et l’East Side Gallery, indissociables, vont faire peau neuve. La restauration s’est faite en profondeur. Pour sauver l’intégrité du mur, il faudra aller chercher les armatures métalliques logées au coeur du béton pour les protéger de la corrosion : marteaux-piqueurs, peinture anti-corrosion, nettoyage des résidus de peinture à la vapeur… Un temps, l’édifice redevient gris et lugubre comme celui que les Berlinois ont connu pendant 28 ans. Mais très vite les trous sont bouchés, le mur renforcé, repeint en blanc et les artistes sont invités à venir reproduire leurs oeuvres à l’identique de celles de 1990. Une deuxième tranche de vie commence…

Et depuis mai 2018, la ville de Berlin a cédé la responsabilité de la gestion du mur au Berlin Wall Foundation. Espérons que celle-ci sera préserver encore longtemps ce vestige unique du passé.

Aude Morin-Veyret